A partir de demain, la République ne se voilera plus la face

Demain, le 11 avril 2011, la loi interdisant le port de la burqa dans l’espace public entre en vigueur en France. Après le débat houleux ayant entouré cette loi et la très récente « convention sur la laïcité », que se passera-t-il à partir de demain avec ces quelques centaines de femmes ?

Petit retour sur les évènements du passé. Une loi de 2004 avait déjà vu le jour interdisant, en application du principe de laïcité, le port de signes religieux ostentatoires dans les écoles publiques [1]. Courant 2008, le débat sur le port du voile intégral se fait vif. D’abord, le Conseil d’Etat avait refusé la nationalité française à une marocaine portant le voile au motif qu’il s’agit d’« une pratique radicale de la religion incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française, et notamment avec le principe de l’égalité des sexes ». Saisie peu après pour une demande d’avis, la HALDE avait confirmé le bien-fondé d’une interdiction du port de la burqa dans le cadre d’une formation linguistique. Quelques jours seulement après cet avis de la HALDE, un député, M. Jacques Myard, a déposé une proposition de projet de loi ayant pour objet la lutte contre les pratiques religieuses qui portent atteinte aux droits des femmes. En français, cette proposition visait à transformer le port du voile en infraction légale étant donné que cela rend l’identification de la personne impossible.

En 2009, le député communiste du Rhône M. André Gérin a déposé une proposition de création de commission d’enquête sur le port de la burqa sur le territoire national. Après que l’omniprésident s’est saisi de la question (le 22 juin 2009, discours devant le Congrès à Versailles), tout est allé vite : le lendemain, une mission d’information parlementaire est constituée. Cette mission visait à établir l’état des lieux du port du voile intégral en France et de clarifier ses « conséquences concrètes dans la vie sociale » ainsi que « son articulation avec les principes de la République française, et, en particulier, celui de la liberté et de la dignité des femmes ».

Comme on le sait, la loi a été adoptée en octobre 2010 et annoncée au Journal Officiel le 3 mars 2011. La loi dans son ensemble prendra effet demain. Elle interdit donc le fait pour une personne de se couvrir le visage de façon la rendant impossible à identifier dans les espaces publiques (la voie publique, dans les services publics, les commerces, les restaurants, les salles de spectacle, les terrains de sport). On encourt jusqu’à 150 euros d’amende en cas d’infraction. Cette loi, visant clairement les femmes musulmanes qui portent la burqa ou le niqab [2].

Sarkozy akbar et Guéant est son prophète… Eh oui, notre président est tellement épris de la question de la laïcité qu’il a fait 2 visites au Vatican en 4 ans. La « croisade » contre les Auvergnats n’a jamais arrêté son cours. La prière est dite. Est-ce que les préfets – dont M. Guéant est le patron – enverront des circulaires pour que les poulets aient la liberté d’arrêter toute femme en burqa dans la rue ? Une femme portant le voile intégral risque-t-elle la taule ? Voilà une idée qu’elle est bonne.

L’islamophobie et l’obsession paranoïaque de l’immigration érigées en façon d’être sont réellement insupportables. Eh non, je ne suis pas musulmane. Je suis contre les religions en général même, étant donné ce qu’elles font des êtres humains. Mais s’en prendre ainsi à une partie de l’humanité est inacceptable. Je ne suis pas spécialiste en politique : c’est peut-être pour cette raison que je peine à comprendre cette tant vantée « politique arabe de la France ». Je ne comprends pas davantage comment on peut se targuer de vouloir œuvrer pour la dignité et les droits des femmes bafoués par cette religion obscurantiste qu’est l’islam mais approuver haut et fort l’obscurantisme chrétien. Cette droite sarkozyste difficilement différentiable d’une extrême droite voue son âme à l’ordre patriarcal et moral mais devient féministe et libre-pensante lorsqu’il s’agit de l’islam… Commode. Surtout bon, ne perdons pas de vue qu’il sera beaucoup plus aisé d’identifier tous les individus « suspects » avec les milliers de caméras de surveillance…

Depuis quand il est du ressort du législateur républicain de décider de l’habillement des citoyens, chose purement et simplement relevant des libertés individuelles ? Selon le billet de Kamal Jean Rizk, les femmes qui portent le voile intégral sont souvent des converties qui choisissent de le porter volontairement. Comment peut-on savoir si une femme porte la burqa par choix propre ou par contrainte ? Quand on pense au voile, la forme soft de la burqa, on peut se dire la même chose. Mais alors, il faudrait mettre sur pied d’égalité les papillotes juives et le voile des cathos pratiquantes, n’est-ce pas. Voilà une autre idée qu’elle est bonne. Les défenseurs de liberté et droits humains qui se respectent ne légifèrent pas sur la façon dont les femmes s’habillent.

Enfin, ce sont les vacances, je vous propose un jeu des 7 différences :

 

[1] Le port du voile dans les écoles privées catholiques est autorisé. C’est sûr que dans ces établissements sous contrat avec l’Etat, on inculque les valeurs républicaines pendant le catéchisme.

[2] La plupart des journaux citent environ 2000 femmes. J’avais lu que le nombre est en fait beaucoup plus petit : 367 (calcul de la DCRI).

 

Sources images : ici et


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :